Présentation

Vos Avis

"Huis clos" de Jean-Paul Sartre

Huis clos, Jean-Paul Sartre.

 

 

 

I_ Présentation.

 

è Création :

 

œ Pièce de théâtre qui a été présenté pour la première fois au Théâtre du Vieux-Colombier en mai 1944.

œ Ecrite entre 1943 et 1944, pendant la seconde guerre mondiale.

 

è Construction :

 

œ Composée d’un unique acte, divisé en cinq scènes.

œ Découpage des scènes en fonction de l’entrée d’un nouveau protagoniste ou de la sortie du Garçon.

œ Scènes 1 à 4 sert à planter le contexte et à présenter les principaux personnages, elles sont brèves.

œ Scène 5 forme un bloc : c’est le huis clos entre les trois protagonistes.

 

è Personnages :

 

œ Met en scène trois personnages principaux : Garcin, Inès et Estelle.

œ Un quatrième personnage, le Garçon : sorte de "maître d’hôtel", servant à introduire un nouveau protagoniste sur la scène et à présenter les lieux à ce dernier si besoin.

œ Dans l’ordre d’apparition :

            Garcin (scène 1) : journaliste, venant de Rio. Il a été fusillé en raison de sa fidélité au pacifisme. Il croit qu'il est un héros. Torturé sa femme psychiquement, homme à femmes. Se veut réaliste.

            Inès (scène 3) : ancienne employée des Postes. Lesbienne. Elle a fait voler en éclat le couple de sa meilleure amie, qu’elle a torturée psychiquement après. Elle est morte asphyxiée par le gaz, que son amie a ouvert. Froide. Se dit méchante, car besoin de la souffrance des autres pour exister.

            Estelle (scène 4) : femme d'un vieil homme riche. Elle a été la maîtresse d'un jeune homme et a commis le meurtre de l’enfant de son adultère. Elle est morte d'une pneumonie. Se donne des airs innocents. Profondément narcissique, car besoin de se regarder pour se sentir exister et du regard des autres.

œ Points communs entre les personnages :

            œ De mauvaise foi.

            œ Lâches.

            œ Chacun a besoin du regard/souffrance de l’autre pour exister.

            œ Ils sont morts.

            œ Ne s’étaient jamais rencontrés avant.

 

è Cadre spatio-temporelle :

 

œ L’espace :

            œ L’enfer.

            œ Salon style Second Empire : bronze sur la cheminée, trois canapés de différentes couleurs, coupe-papier.

            œ Pas de fenêtres, pas de miroir : pas d’ouverture sur l’extérieur, pas de moyen de se voir, si ce n’est au travers du regard de l’autre.

            œ Une porte qui donne sur des couloirs, des escaliers, d’autres chambres.

            œ Chaque protagoniste peut voir et entendre comment la vie de leurs proches se continuent sur Terre : pas de moyen d’agir.

 

œ Le temps :

            œ L’éternité.

            œ Plus de besoins élémentaires, pas de sommeil (donc pas de rêves, pas d’évasion possible), plus de clignements de paupières : "c’est la vie sans coupure."

            œ Lumière toujours allumée.

            œ Pas de moyens de changer leur situation, d’action.

 

œ Condamnés à vivre ensemble dans ce salon pour l’éternité.

 

è Histoire :

 

œ Huis clos = un procès auquel le public n’est pas autorisé à assister.

œ Ironie de la pièce, étant donné qu’elle est jouée en public.

œ Néanmoins, les personnages, eux, sont à huis clos et se font le procès de leur damnation.

œ Se livrent à un combat de mots :

œ S'interrogent sur leur damnation et dans un premier temps, se cachent sous le masque de la "mauvaise foi".

œ L’un est la victime et les deux autres, son bourreau : jeu de pouvoir et de rivalité que créent les protagonistes. A tour de rôle, ils se lient par deux contre un. Ils appuient sur le point faible de l’autre pour mieux le torturer.

 

 

II_ Une Œuvre critique.

 

è Analyse de l’œuvre :

 

œ Certains la résument parfois à cette phrase, souvent mal comprise, car sortie de son contexte : "L’enfer, c’est les Autres."

œ L’enfer commence pendant la scène 5, page 45, la situation bascule, car les rapports entre les trois protagonistes changent, quand Inès tutoie, pour la première fois, Estelle : "C’est toi qui me feras du mal." A partir de là, ils se tutoieront, or reconnaître le "Tu", c’est reconnaître un Autre face au sujet "Je". Par conséquent, chacun prend sa place de sujet devant les Autres et c’est le début de leur enfer, car ils ne peuvent être que ce qu’ils sont.

œ La pièce démontre trois points :

            œ Importance des autres pour la connaissance de nous-mêmes. Cependant, dépendance à autrui si nous ne nous définissons que par leur regard. Or, chacun des personnages étant narcissique, ne se sent exister que dans le regard des autres. De "mauvaise foi" vis-à-vis d’eux-mêmes, le jugement des autres sur ce qu’ils sont, leur est insupportable.

            œ Morts, ils ne peuvent pas changer, ni agir. Par conséquent, c’est l’enfer, tel le supplice de Tantale. Pris dans une situation et une souffrance qui ne pourra pas évoluer. C’est une torture psychique où à tour de rôle, l’un sera la victime des deux autres.

            œ On peut faire le lien entre des personnes vivantes, mais qui sont dans les mêmes problématiques et qui s’enferment dans un enfer psychique. Une personne qui se dit sans cesse victime des évènements et non responsable de sa vie et de ses choix quels qu’ils soient, est prise dans un engrenage de pensées où toute action est impossible, puisqu’elle se pense comme une victime passive. C’est ce que j’appellerais les morts-vivants, tels que les personnes qui sont dans la plainte continuelle, orgueilleuse, de "mauvaise foi " vis-à-vis d’eux-mêmes ou narcissiques, c’est-à-dire qui n’ont d’existence que dans le regard de l’Autre.

œ En conclusion, c’est dans ces conditions, précisément, que "L’enfer, c’est les Autres."

 

è Pensée existentialiste de Sartre :

 

œ Reflète fondamentalement la philosophie existentialiste de Sartre :

            œ Inès (scène 5, page 90) dit : "Seuls les actes décident de ce qu’on a voulu." Puis, elle dit : "Tu n’es rien d’autre que ta vie."

œ Dans L’existentialisme est un humanisme qui est une retranscription écrite d’une conférence que Sartre a donnée, afin de préciser les incompréhensions chez certaines personnes de son œuvre L’être et le néant, où il développe sa philosophie, il déclare : "Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après. (…) Il ne sera qu’ensuite, et il sera tel qu’il se sera fait." Puis, il précise : "Il n’y a de réalité que dans l’action ; (…) l’homme n’est rien d’autre que son projet, il n’existe que dans la mesure où il se réalise, il n’est donc rien d’autre que l’ensemble de ses actes, rien d’autre que sa vie."

œ Pour conclure, nous retrouvons au travers de la bouche d’Inès, un point fondamental de l’existentialisme. C’est-à-dire que l’homme est libre, quels que soient ses choix. Libre de s’enfermer, comme libre d’agir. Mais, c’est un choix dont il est responsable. Nos actes reflètent ce que nous sommes. C’est pourquoi, nous pouvons juger un Homme à sa vie.

 

 

III_ Pourquoi j’ai aimé cette Œuvre ?!

   

œ J’ai été la voir, sans savoir à quoi m’attendre, au théâtre mis en scène par Robert Hossein, puis je l’ai lue, tant elle m’avait interpellée :

            œ Elle représente exactement la vision de l’enfer que j’ai. Par ailleurs, l’Enfer à mon sens, peut être sur Terre, car nous pouvons créer les conditions de notre enfer. Et que justement quand j’observe certaines personnes, psychiquement, elles vivent un enfer, choisi : les morts-vivants. Or, c’est justement ce que met en scène Huis clos.

            œ En effet, je l’ai découverte par la suite, mais ma réalité de la Vie rejoint fondamentalement la philosophie existentialiste de Sartre. De ce fait, j’ai aimé cette pièce, car la critique qu’elle fait, ce qu'elle porte à la lumière, j’y adhère.
            œ Ce pourquoi, j’ai eu l'intérêt de la présenter, c’est qu'elle est pertinente. Elle est construite avec une justesse et une intelligence absolues, la psychologie des personnages est cohérente, leurs échanges de mots réalistes. C'est une argumentation, où la tension au fil des scènes augmentent crescendo, dont l’objectif est de convaincre. A mon avis, une œuvre majeure de la littérature française que nous adhèrions ou pas à sa visée, de part son réalisme et sa pertinence. Simplement et fondamentalement humaniste, car ce qu'elle met en scène n'est autre qu'une part de l'être humain dans son nombrilisme et sa lâcheté.

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus