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La crainte de la différence est un non-sens.

Le professeur Jean Dausset, dans un article du Courrier de l’Unesco, a écrit : « (…) l’unicité de chaque homme lui confère une dignité particulière donnant, s’il en était besoin, une raison supplémentaire de le respecter (…). » Pourtant, nous sommes les témoins, ou les acteurs pour certains, du racisme, de la xénophobie, de l’homophobie, du sexisme et des préjugés en tout genre qui font légion dans nos sociétés humaines. Le point commun à tout ceci est la peur de l’Autre, la peur de ce qui est différent de nous. Tandis que comme le développe le professeur Jean Dausset, d’un point de vue biologique, la crainte de la différence est un non-sens. De ce fait, dans un premier point, nous étudierons, la nécessité d’être de la peur. Puis, nous développerons, en second lieu, l’idée que la différence face à un Autre est une richesse, dont nous ne pouvons faire l’impasse.
 
Avant tout, la peur est une nécessité pour notre survie. Qui plus est, elle est une condition à cette dernière, parce qu’elle nous sert à prendre soin de nous. Nous devons avoir conscience qu’il y a des dangers, afin de faire attention à notre personne. Une personne qui ne ressentirait pas la peur, prendrait des risques inconsidérés et mettrait sa vie en péril, dont la conséquence pourrait en être la mort. Ainsi, elle nous permet de nous maintenir en vie. C’est pourquoi, on apprend au jeune enfant les dangers et les risques auxquels il doit prendre garde. C’est-à-dire que nous lui enseignerons que le feu est chaud, que si on s’en approche de trop près, qu’il brûle et qu’ainsi une fois cet élément connu, il doit savoir y faire attention, en avoir une peur consciente, car il est dangereux d’y mettre la main par exemple. Chaque être vivant, animal et humain, fait cet apprentissage, afin de garantir sa survie.
Il en découle que la peur est, finalement, un instinct. Elle fait partie de nos affects. C’est une réponse primaire, relevant du cerveau reptilien, qui fait sens quand nous nous trouvons dans une situation qui nous est inconnue ou face à la menace d’un Autre que nous identifions comme dangereux, tel un prédateur. Nous avons, donc, besoin d’apprivoiser notre environnement. En outre, l’expression de notre peur peut se faire par diverses sentiments, tels que l’agressivité, la méfiance, le repli sur soi, la fuite, etc. Autant de réactions qu’il peut être intéressant d’étudier chez les animaux qui sont régis principalement par leurs instincts, et dont l’Homme peut en être le sujet, également. Toutefois, ce dernier étant un être réfléchi, plus complexe, il l’extériorisera de façon plus élaborée. Pour se faire, nous pourrons observer que quand on place, un chat dans un lieu qui lui est nouveau, ou encore inexploré, il adoptera différents stratagèmes pour faire connaissance avec ce milieu qui éveille chez lui la crainte. En fonction de son caractère, il ira soit se terrer dans un espace où il se sentira protégé, ou il pourra réagir de manière agressive, ou ventre au ras du sol, découvrir pas à pas son environnement, parfois même par étape, en faisant un pas en arrière, puis deux en avant et ainsi de suite. Chez d’autres animaux, cet instinct permettra à l’antilope de courir, pour s’enfuir, en sentant l’odeur de son prédateur, le lion. Toujours est-il que la peur est une question d’instinct vitale.
Or, l’Homme faisant parti du règne animal, bien que le plus évolué d’entre eux, de ces êtres vivants dotés d’un cerveau reptilien, il est donc naturel qu’il ressente la peur. Tout comme il a les mêmes besoins élémentaires, tels que dormir, manger et boire. En conséquence, il peut être naturel qu’il craigne la différence. En effet, ce qui est différent de nous est ce qui est en dehors de nous, tel un espace à l’extérieur de nous, qui ne nous est pas connu. Cependant, l’être humain ayant des outils de communication avec les autres plus développés que les animaux, ainsi que la faculté de raisonnement, va tenter de rationaliser ce qu’il ne comprend pas. De sorte que s’il n’y parvient pas, ce sont ses instincts qui le domineront. La différence étant ce qui ne nous est pas commun, elle peut trouver une justification dans la peur. Cependant elle n’est, dans ce cas, que le reflet de notre impuissance à intérioriser une nouvelle connaissance. Ceci explique qu’il puisse ressentir des sentiments de rejet ou d’agressivité face à une personne qui n’est pas de même couleur, qui n’a pas les mêmes préférences sexuelles, ou même simplement des mœurs et coutumes différentes des siennes.
 
Ceci démontre que l’Homme qui a peur de la différence, révèle simplement son ignorance. Or, ce qui précisément nous différencie de l’animal est que nous devrions aspirer, en somme, à dominer nos affects, car nous en avons la capacité. L’Homme devrait s’élever à l’état d’Homme culturel et non rester à son état primitif d’Homme naturel, déterminé par ses instincts. Il y a trois notions qui sont propres à l’être humain : la culture, l’art et la compassion. Par conséquent, il est un non-sens d’avoir peur des différences, parce que nous sommes capables d’intelligence, en allant à la rencontre de l’Autre. La singularité commune à l’espèce humaine fait que nous avons les moyens de comprendre. Mais, il y a aussi que l’Homme confond trop souvent la notion de normalité, au sens de la norme, et celle de nature. La normalité est ce qui est dans la norme, elle représente une majorité au sein d’un groupe déterminé. Cela ne signifie pas que nous devrions en exclure les minorités. Tandis que ce qui est dans la nature, qui peut se définir comme naturel, c’est, en effet, l’individualité de chacun et la diversité des caractères des êtres vivants. L’état d’Homme culturel s’exprime par notre capacité d’analyse, d’écriture, de créer, et surtout notre langage humain. Ce dernier est le plus riche qui soit et il sera différent d’un peuple à un autre. Il est le vecteur qui nous offre la possibilité de rencontrer l’Autre, d’être à l’écoute et d’entendre ce qui est différent de nous.
En outre, nous admettrons que chaque être humain est unique en soi. On ne peut trouver deux individus qui soient semblables, d’un point de vue physiologique, génétique et psychique. En fait, craindre la différence serait craindre tous les autres. Nous serions, donc, seuls. Mais, l’Homme ne craint pas tant la différence que ce qui lui est inconnu. En effet, ce qui est différent de nous, nous est étranger. Il est étranger à nous-mêmes puisqu’il ne nous est pas commun, en d’autre terme inconnu. Pourtant, sa finitude d’Homme culturel devrait l’amener, justement, à faire de ce qui lui est étranger, une connaissance. Les êtres humains ont maintes fois prouvés leur capacité à découvrir, à explorer des milieux ou des espaces qui leur étaient inconnus, afin d’en tirer des savoirs. C’est grâce à cette faculté d’intégration que l’être humain est l’espèce la plus riche de complexité. Refuser la différence, c’est s’appauvrir des sources de la connaissance et se couper de l’Autre.
D’autant plus, que l’être humain ne peut se suffire à lui-même. Il a besoin de l’Autre. Ceci est si vrai, qu’il ne peut se définir en tant que « Je » qu’à partir du moment où il est capable de reconnaître un « Tu ». Marie Balmary, psychanalyste, écrit dans La Divine Origine, je cite : « Le jour où j’aurai mangé ce qui me différencie de toi, tu seras moi, je serai seul ; et sans TU, JE ne se maintiendra pas. A la fin, personne. Logique du néant. » Elle analyse, ici, un passage de la Genèse dans la Bible avec l’interdit de l’Arbre de la Connaissance. En effet, l’Homme sans Autre n’existe qu’en tant que « Moi ». Il a besoin d’un Autre, c’est-à-dire d’un « Tu », pour advenir sujet « Je ». Par conséquent, nier la différence qui est la limite entre mon « Moi » et l’Autre, c’est vouloir ramener l’autre à soi en lui enlevant son individualité, son unicité qui lui est propre, afin de ne faire plus qu’un, acte par lequel nous serions seuls, car indifférenciés. Nous ne pourrions, dès lors, nous définir qu’en tant que « Nous ». Ce pourquoi, la différence est une source de richesse, si tenté est que nous soyons capable d’aller à sa rencontre dans cette quête et que nous aspirions à la Connaissance.
 
En conclusion, le respect de la différence, impliquant la conscience de l’unicité de l’Autre, c’est-à-dire de chaque individu dans son intégrité singulière, est la condition même de notre propre existence en tant que sujet « Je » et d’Homme dit culturel. En avoir la peur signifie que nous nous laissons dominer par nos affects élémentaires et de ce fait, nous nous condamnons à être seul, enchainés à notre « Moi ». Par ailleurs, nous pourrions réfléchir à l’idée que la dite peur de la différence tient peut-être lieu d’excuse à l’Homme pour assoir son besoin de domination sur un Autre, afin de satisfaire son besoin de se sentir exister. Justement, l’Homme ne confond t’il pas la notion « d’être sujet Je » à celle « d’être souverain » et que de ce point de vue, il ne se ressente « être » que dans le rapport de pouvoir.
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