En premier lieu, afin que la presse tende vers
une objectivité dans l’absolu, il faut que l’information qu’elle émet respecte trois fondements, c’est-à-dire qu’elle soit véridique, honnête et complète. En effet, toute information devrait être
vraie et prouvée, juste même si cela doit déranger nos convictions personnelles et synthétiser différents points de vue afin d’être au plus proche de la réalité. Dans une démocratie, bien que le
journalisme soit lié à la politique, c’est le rôle qu’il devrait néanmoins remplir face au citoyen. Par conséquent, la question est de savoir si dans notre monde actuel, l’objectivité peut
exister dans la presse. Pour y répondre, nous verrons dans un premier point, qu’une certaine objectivité peut être possible dans la mesure où ceux qui en sont les garants s’en donnent les moyens.
En second point, nous aborderons le fait que la politique afin de cultiver une subjectivité à son avantage, parasite dans certains cas la presse. Enfin, nous étudierons l’idée que notre système
économique actuel promeuve la rentabilité par l’audimat et le lectorat plutôt qu’une véritable recherche d’objectivité moins vendeuse, et la responsabilité du citoyen dans cet état de
fait.
Ainsi, nous ne pouvons nier que la quête de
certains journalistes est celle d’informer sur la réalité d’une situation à un moment donné. Jean-François Revel pose la question dans Le Rejet de l’Etat : « Et
d’ailleurs, si l’objectivité, dans ce modeste sens réaliste et quotidien, était une utopie, comment se fait-il que tant de gens de par le monde s’affairent à lui barrer la route et à obtenir que
la presse renonce à diffuser des nouvelles exactes ? ». En effet, nous pouvons penser à cette journaliste russe Anna Politkovskaïa qui s’est faite assassinée par le gouvernement, car
elle dénonçait des réalités dérangeantes pour le pouvoir en place. Yann-Arthus Bertrand a été emprisonné récemment en Argentine afin d’empêcher qu’il continue un tournage, où il dénonçait les
problèmes suscités par le barrage hydroélectrique de Yacyreta, très critiqué pour ses conséquences écologiques désastreuses. En d’autre terme, il suffit de consulter le site d’Amnesty
International pour constater l’ampleur des journalistes que l’on essaye de faire taire. L’objectivité de ces derniers dessert l’image que certains Etats voudraient émettre. Par conséquent,
le fait d’être objectif est périlleux pour ceux qui l’écrivent. C’est un engagement qu’ont ces Hommes au risque d’être menacés, incarcérés, tués. Qui plus est, il émerge aujourd’hui un autre type
de presse qui traite d’une réalité que nous oublions. A l’heure actuelle, la majorité des informations sont dans le sensationnel, dans l’évènementiel, dans le catastrophique. De fait, tout ce qui
peut frapper l’esprit. Par opposition à cela, Reporters d’espoirs est un journal qui transmet d’autres nouvelles. C’est-à-dire que les journalistes qui le rédigent, s’attachent à
rapporter les projets positifs, les actions que mettent en place certains Hommes pour parer aux problèmes qui les entourent. Ils sont partis du principe que les informations émises sont souvent
trop pessimistes et dramatiques, ne mettant en lumière que l’aspect noir des évènements auxquels est soumis notre monde. Pourtant, il y a des hommes et des femmes, qui réalistes vis-à-vis de
leurs difficultés ou de celles de leur région, voire de leur pays, tentent d’apporter des solutions et construisent des actions concrètes, à leur échelle, afin d’améliorer leur condition de vie.
D’où le titre du journal qui se veut porteur d’une éclaircie au sein de la tendance journalistique ambiante. Une façon, toute aussi objective de concevoir notre monde, mais selon un mode de
pensée différent. C’est pourquoi, dans une certaine mesure, l’objectivité est atteinte par certains. Cependant, elle semble avoir un prix, parfois celui d’une vie, car c’est sans conteste un
véritable engagement que les journalistes prennent face aux citoyens et vis-à-vis d’eux-mêmes.
En outre, comme évoqué ci-dessus, la presse
est souvent dépendante de la politique, même dans une démocratie. Certains enjeux politiques se servent de l’information fournie au public dans un but stratégique. Notamment, dans les années
1970, le président Charles de Gaulle justifie l’interdiction de diffusion à la télévision française du documentaire Le Chagrin et la pitié au nom de l’unité nationale :
« La France n’a pas besoin de vérité, (…) ce qu’il faut lui donner, c’est l’espoir, la cohésion et un but. » Or, il s’agit précisément, dans ce cas, de subjectivité, d’axer plutôt sur
l’émotion par l’espoir, que d’interdire de montrer une réalité. Cependant, cette réalité là, était sans doute dérangeante pour l’époque et pour le gouvernement. En conséquence, l’un des principes
pour une presse audiovisuelle objective, soit l’honnêteté, est bafoué par la décision du président. Par ailleurs, actuellement sur le grand écran, le dernier film de Brian de Palma
Redacted traite de ce sujet. En effet, le réalisateur cherche à démontrer que l’objectivité ne peut exister, quant à la guerre en Irak, car selon le point de vue politique duquel
nous nous plaçons, ainsi que des individus, pour les soldats qui sont sur le terrain et ceux qui sont à l’extérieur du conflit, nous ne pouvons avoir qu’un point de vue subjectif, car nous
regardons toujours les évènements en tant que sujet. Même Brian de Palma, qui semble ne pas vouloir prendre parti et montrer aux spectateurs la synthèse de ces multiples vérités avec neutralité,
stéréotype néanmoins certains personnages, comme ceux du soldat pervers qui commettent un viol en réunion et des autres qui restent dans le droit chemin, sans déroger à leurs principes. Ceci
étant dit, c’est un film, par conséquent il est joué, bien que basé sur une histoire vraie. L’idéal aurait été non pas de vouloir créer une réalité, mais de la filmer réellement. Toutefois, ce
qu’il met en scène ce sont précisément ces différents enjeux politiques, où la presse est manipulée, afin de mieux contrôler l’opinion publique, selon l’intérêt de chaque Etat.
Enfin, la presse est soumise à une réalité
économique, dont nous sommes responsables en tant que lecteur. A partir du principe où ce que cherchent les journalistes, c’est la rentabilité, nous ne sommes plus sur le même plan que la
recherche d’objectivité. En effet, cette dernière requiert du temps, afin de vérifier l’information et d’étudier tous les points de vue envisageables. Or, si l’intérêt est d’être le premier à
écrire un fait sensationnel qui fera vendre du papier ou de l’audimat, nous ne pouvons plus espérer ce principe de réalité absolue. Christian Bobin écrit dans Le Très-Bas :
« C’est que le vingtième siècle parle pour vendre et qu’il lui faut en conséquence flatter l’œil – le flatter et l’aveugler en même temps. L’éblouir. » Dès lors, le fait de flatter
l’émetteur, n’est-ce pas une fois de plus, purement subjectif, car pour cela nous jouons encore sur les émotions, sur ce qui peut plaire. C’est pourquoi, le lecteur qui attend ce type
d’information est responsable, car le journalisme ne fait que répondre, dans ce cas, à la demande, par souci de faire de l’audience et du lectorat. Notre société actuelle et son fonctionnement
fait que même la presse est soumis à la consommation. Dernièrement, le Nouvel Observateur désirant être le premier sur le marché à détenir un scoop qui assurément serait rentable,
à lancer une information quant au mariage du président de la République avec Carla Bruni. Un texto : « Si tu reviens, j’annule tout ! », qu’il aurait envoyé à son ex-femme.
Cette information a été reprise par toute la presse, sans qu’il n’y ait la moindre vérification de l’exactitude de la source. Ainsi, il s’est avéré que cette information était infondée. Mais, peu
importe qu’il y ait objectivité ou pas, l’important était le gain de l’argent ramassé grâce au fait que cela s’est vendu. Dès lors, nous pouvons nous poser des questions, car vraie ou fausse, en
quoi cette information, qui relève de la presse people, est importante concrètement à divulguer aux citoyens ? Pourtant, ces lecteurs en sont friands et participent donc au fait qu’il ne
semble plus y avoir de presse sérieuse et objective. C’est le principe de l’offre et de la demande, et non plus une quête de vérité, ainsi que d’être informé réellement.
Pour conclure, l’objectivité dans la presse dépend
de l’attente du récepteur et de ce que recherche à transmettre l’émetteur. Elle est possible, mais elle n’est plus vraiment au goût des citoyens dans nos démocraties. Par conséquent, la thèse que
Jean-François Revel défend dans Le Rejet de l’Etat quant au rôle de la presse de tendre vers l’objectivité, est à remettre en question, car hormis quelques journalistes vertueux,
ce n’est plus le rôle qu’elle tient à promouvoir. Aujourd’hui, ce que nous cherchons, c’est toucher le plus grand nombre, la masse. Ainsi, si nous nous adressons à des sujets, en tant qu’êtres
d’émotions, les journalistes préconisent la subjectivité de la rentabilité. Les concitoyens se laissent prendre au jeu de la flatterie, à celle de leurs yeux et de leurs oreilles. Ils veulent
être éblouis, d’où la perte des principes essentiels d’une presse objective. C’est une manière de nous voiler la face, de ne voir que ce qui nous arrange. Nous nous laissons ainsi manipuler, avec
notre consentement. Par conséquent, nous pourrions nous interroger, si ces nouvelles valeurs ne s’opposent pas directement au principe démocratique, dans lequel s’inclut le droit à une
information exacte.
Vos Avis