Extrait(s) d’Oscar et la dame rose, Eric-Emmanuel Schmitt.
« Des pensées que tu ne dis pas, ce sont des pensées qui pèsent, qui s’incrustent, qui t’alourdissent, qui t’immobilisent, qui prennent la place des idées neuves et qui te pourrissent. Tu vas devenir une décharge à vieilles pensées qui puent si tu ne parles pas. »
« Si je m’intéresse à ce que pensent les cons, je n’aurai plus de temps pour ce que pensent les gens intelligents. »
« Il faut distinguer deux peines, mon petit Oscar, la souffrance physique et la souffrance morale. La souffrance physique, on la subit. La souffrance morale, on la choisit. »
« Mais la plupart des gens sont sans curiosité. Ils s’accrochent à ce qu’ils ont, comme le pou dans l’oreille d’un chauve. »
« Les gens craignent de mourir parce qu’ils redoutent l’inconnu. Mais justement, qu’est-ce que l’inconnu ? Je te propose, Oscar, de ne pas avoir peur mais d’avoir confiance. Regarde le visage de Dieu sur la croix : il subit la peine physique mais il n’éprouve pas de peine morale car il a confiance. Du coup les clous le font moins souffrir. Il se répète : ça me fait mal mais ça ne peut pas être un mal. Voilà ! C’est ça, le bénéfice de la foi. »
« Oscar, la maladie, c’est comme la mort. C’est un fait. Ce n’est pas une punition. »
« Avec Peggy Blue, on a beaucoup lu le Dictionnaire médical. C’est son livre préféré. Elle est passionnée par les maladies et elle se demande lesquelles elle pourra avoir plus tard. Moi, j’ai regardé les mots qui m’intéressaient : "Vie", "Mort", "Foi", "Dieu". Tu me croiras si tu veux, ils n’y étaient pas ! Remarque, ça prouve déjà que ce ne sont pas des maladies, ni la vie, ni la mort, ni la foi, ni toi. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Pourtant, dans un livre aussi sérieux, il devrait y avoir des réponses aux questions les plus sérieuses, non ?
_ Mamie-Rose, j’ai l’impression que, dans le Dictionnaire médical, il n’y a que des trucs particuliers, des problèmes qui peuvent arriver à tel ou tel bonhomme. Mais il n’y a pas les choses qui nous concernent tous : la Vie, la Mort, la Foi, Dieu.
[...]
_ Les questions les plus intéressantes restent des questions. Elles enveloppent un mystère. A chaque réponse, on doit joindre un "peut-être". Il n’y a que les questions sans intérêt qui ont une réponse définitive.
_ [...] il n’y a pas de solution à la vie sinon vivre. »
« C’était le matin. J’étais seul sur la Terre. Il était tellement tôt que les oiseaux dormaient encore, [...], et toi tu essayais de fabriquer l’aube. Tu avais du mal mais tu insistais. Le ciel pâlissait. Tu gonflais les airs de blanc, de gris, de bleu, tu repoussais la nuit, tu ravivais le monde. Tu n’arrêtais pas. C’est là que j’ai compris la différence entre toi et nous : tu es le mec infatigable ! Celui qui ne se lasse pas. Toujours au travail.
[...] J’ai compris que tu étais là. Que tu me disais ton secret : regarde chaque jour le monde comme si c’était la première fois.
[...] La première fois. Je contemplais la lumière, les couleurs, les arbres, les oiseaux, les animaux. Je sentais l’air passer dans mes narines et me faire respirer. J’entendais les voix qui montaient dans le couloir comme dans la voûte d’une cathédrale. Je me trouvais vivant. Je frissonnais de pure joie. Le bonheur d’exister. J’étais émerveillé.
[...] J’avais l’impression que tu me prenais par la main et que tu m’emmenais au cœur du mystère contempler le mystère. Merci. »
« J’ai essayé d’expliquer à mes parents que la vie, c’était un drôle de cadeau. Au départ, on le surestime, ce cadeau : on croit avoir reçu la vie éternelle. Après, on le sous-estime, on le trouve pourri, trop court, on serait presque prêt à le jeter. Enfin, on se rend compte que ce n’était pas un cadeau, mais juste un prêt. Alors on essaie de le mériter. [...]
Plus on vieillit, plus faut faire preuve de goût pour apprécier la vie. On doit devenir raffiné, artiste. N’importe quel crétin peut jouir de la vie à dix ou à vingt ans, mais à cent, quand on ne peut plus bouger, faut user de son intelligence. »
« Seul Dieu a le droit de me réveiller. »
Vos Avis